Sans toit
Sans toit (13-14 Octobre 2003).
Certains vivent sans rien et d’autres avec tout.
Est-ce là seulement une question de moyens et d’atouts ?
Ou faisons-nous trop souvent le détour d’une valeur appelée la méritocratie ?
Certains sont gâtés et font crisser les pneus de leur rutilante machine ; d’autres sont athées et finissent par croire que c’est Dieu qui veut leur briser l’échine.
Serait-ce la pensée de cet homme âpre devenu, après on ne sait quelles péripéties, un paria de la société ?
Ceci étant, pas du tout mal appris, tout juste sans abri vivant assis au fond d’un abri bus.
Homme amainci, la silhouette élancée et le visage émacié que seul le vent d’hiver vient glacer.
Sa situation sociale, un glacis dans la peinture de sa vie qu’il voyait toute tracée.
Tracassé par son licenciement, pas assez présent aux yeux de sa belle ; l’engrenage était lancé, la séparation prononcée...
Sans emploi, divorcé, on dit jamais deux sans trois et un contrat de mariage maladroit le laisse désormais sans toit.
Désarmé, pantois, ça en était trop pour lui ; il s’est retrouvé sur le trottoir à respirer l’air pollué.
Salué, il ne l’est pas trop ; sale, il l’est, souvent survolé par une nuée d’insectes de nuit qui ont tendance à l’ennuyer.
Aiguillé dans ses journées par le va-et-vient des bus, son regard semble être celui d’un homme qu’une vie abrupte aurait usé et abusé.
Regard clair pour destin obscur...
En l’occurence celui d’un homme sans toit qui s’allonge et tire sur lui une couverture à l’heure où démarre le dernier trente-trois.